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Coin de l'écrivain

Créer un personnage de roman profond: l’appel de l’aventure

Cet article est rédigé dans le cadre de la lecture du livre de Joseph Campbell “Le héros aux mille et un visage”. J’y aborde une partie du premier chapitre consacré au départ du héros: l’appel de l’aventure. Cette approche vous permettra de créer un personnage de roman profond grâce à quelques notions clés de psychologie.

Ce livre étant particulièrement dense, j’ai fait le choix de vous en parler en plusieurs fois. Cela facilite en effet la compréhension des différents éléments et permet de s’imprégner tout en douceur de la théorie du monomythe.

Pour chaque partie étudiée, je vous propose une application pratique. Ici, il s’agit de donner de la profondeur à votre personnage de roman.

On ne va pas se cacher, ce bouquin est quand même hyper compliqué à lire. Néanmoins, je suis persuadée que les notions qui y sont abordées peuvent permettre de donner de la profondeur à nos héros de roman et à nos histoires. C’est pourquoi je vais aller au bout de l’expérience, doucement mais sûrement.

Pour retrouver le tout premier article de la série consacrée à l’étude du livre “le héros aux mille et un visages”, vous pouvez cliquer ici.

Débuter une histoire

Certains écrivains font le choix d’écrire leur premier chapitre en dernier. D’autres vont se passer la rate au court-bouillon pendant des jours pour trouver la formulation parfaite de leur première phrase.

Pour ma part, je commence à écrire ce qui me vient, comme ça me vient. Je retouche rarement mes premières phrases pour le moment. En revanche, avant de jeter les premiers mots sur le papier, les grandes lignes de mon histoire sont déjà bien en place dans ma tête.

J’essaye toujours d’y faire figurer trois choses:

  • Les personnages principaux
  • Le contexte
  • L’intrigue

L’appel de l’aventure

Votre héros devra, lui aussi, travailler son entrée en matière. Vous ne pouvez pas le jeter au milieu d’une situation complexe sans avoir planté un décor cohérent.

En revanche, vous pouvez commencer par une scène qui ne prendra son sens que bien plus tard. Dans ce cas, vous fonctionnerez sur un système de retour en arrière tout au long de votre histoire.

Le concept fonctionne bien s’il est maîtrisé, en revanche, vous devez inclure une part de mystère suffisante pour que le lecteur ai envie d’en savoir plus.

Dans son livre, Joseph Campbell nous parle du cheminement du héros en se basant sur les récits mythologiques. La structure de ces histoires est celle, par exemple, des contes et des légendes. Au centre de ces récits: un héros qui part à l’aventure.

Histoire support pour expliquer l’appel de l’aventure

L’exemple que Joseph Campbell prend dans le livre est l’histoire d’une jeune princesse qui s’amuse avec une balle dorée près d’une fontaine. Elle la lance en l’air et la rattrape.

Suite à une maladresse, la balle tombe au fond de la fontaine, inatteignable. La petite fille est inconsolable. Un crapaud hideux sort de la fontaine et propose de rapporter le jouet contre une faveur. Il demande à la jeune fille de l’adopter et d’être son ami.

La princesse promet d’exaucer le souhait du crapaud, mais une fois qu’elle récupère sa balle, elle rompt sa promesse et s’enfuit.

Maladresse et actes manqués

Joseph Campbell utilise de nombreuses références à la psychologie freudienne pour expliquer son concept de monomythe.

Dans l’histoire qu’il prend ici pour exemple, la maladresse de la princesse constitue le point de départ à l’appel de l’aventure du héros. Aussi, ce geste en apparence anodin et hasardeux de perdre la balle dans la fontaine pourrait aussi être considéré comme un acte manqué.

La minute psychologie

Freud
Salut vieille branche!

Selon Freud, les actes manqués sont des gestes incontrôlés qui passent pour des loupés mais sont en réalité bien voulus.

Pour vous donner un exemple concret, prenons un couple marié. Le mari commence à se dire qu’il ferait bien ses valises. Il est de plus en plus malheureux et cherche désespérément une issue pour se séparer de sa femme. Un jour, sans explication plausible, il perd son alliance.

C’est ça, un acte manqué. Le mari n’a pas consciemment voulu perdre son alliance. C’est son désir profond de se séparer de sa femme qui l’a mené à cette maladresse.

Vous n’y croyez pas? Attendez un peu pour voir.

Vous n’avez jamais perdu vos clés de voiture, que vous rangez pourtant toujours à la même place, avant un rendez-vous important?

Passé au sèche linge “par inadvertance” le pull en laine que belle-maman vous a offert?

“Oublié” votre rendez-vous chez le dentiste pourtant en triple rappel téléphone, post-it, agenda?

Dans le même style on trouve un truc sympa: remplacer un mot par un autre dans une phrase. Dans ce cas on parle d’un lapsus, c’est aussi une forme d’acte manqué.

D’ailleurs si certains lapsus nous font rire aux éclats, c’est bien qu’on se rend compte qu’il y a une part de vérité gênante qui se cache derrière notre erreur de langage.

La princesse maladroite

Pour revenir à notre princesse, le fait qu’elle perde sa balle dans la fontaine pourrait être un acte manqué.

En effet, c’est son père qui lui a offert ce jouet et, en le perdant, elle manifeste son intention de s’éloigner de la figure paternelle.

On peut imaginer qu’elle entre dans l’adolescence et se détache ainsi symboliquement de son père pour grandir et devenir une jeune femme.

Le héraut

Le héraut est celui qui apporte le message important. Dans l’histoire prise pour exemple, il s’agit du crapaud. C’est lui qui donne le top départ de l’appel de l’aventure.

En général, le héraut est sombre, laid, repoussant. Il représente les pensées que nous ne voulons pas exprimer, d’où sa noirceur. Il personnifie notre côté obscur, bestial, dont nous n’avons pas conscience. En psychologie, on l’appelle le subconscient.

Le héraut annonce l’appel de l’aventure en ouvrant le chemin qui va mener à la transformation du héros. Comme expliqué dans le précédent article, le héros n’obtient ce titre que parce qu’il a réussi à passer une épreuve.

Cette épreuve est un rite de passage qui lui permet d’accéder à une meilleure version de lui-même.

Pour notre princesse, il s’agit d’abandonner l’enfance pour passer à l’adolescence. Le crapaud dégoûtant qui sort des profondeurs de la fontaine pour l’aider est son héraut messager.

Si vous connaissez l’histoire comme moi, vous savez que la princesse finit par revenir donner un baiser au crapaud pour qu’il se transforme en prince et l’épouser.

Un signe en pousse un autre

L’appel de l’aventure peut être constitué d’une succession de signes annonciateurs de changements.

Dans le livre, c’est le chemin du futur Bouddha qui est pris pour exemple. Le jeune prince était élevé a l’abris du monde extérieur. Son père le couvrait de distractions pour que la prophétie ne se réalise pas.

A sa naissance, on avait en effet prédit deux possibilités pour l’avenir du prince: empereur sur la Terre ou Bouddha. Son père avait une préférence pour la voie royale, donc il faisait tout son possible pour tenir son fils éloigné de la pensée de se retirer du monde.

Malgré tout, les signes se succédèrent. Les dieux avaient bien l’intention que le prince atteigne l’illumination. Ils envoyèrent d’abord un vieillard, pour faire réaliser au garçon que tout ce qui naît doit vieillir. Ensuite un malade, un mort et enfin un moine.

Cette dernière rencontre finit de convaincre le prince de se retirer du monde. L’appel de l’aventure avait fait son oeuvre et le héros allait pouvoir entamer son rite de passage pour atteindre une autre version de lui-même.

Le destin

L’appel de l’aventure est en quelque sorte un appel du destin pour le héros. L’heure a sonnée qu’il entame son périple pour découvrir qui il est vraiment et pourquoi il est venu au monde.

Le héros se retrouve alors à évoluer dans une zone qui ne lui est pas familière. Il peut entamer son aventure parce qu’il a lui-même décidé de prendre cette voie. Il peut aussi se faire entraîner par un “agent du destin”, chargé de lui montrer la voie.

“L’aventure peut commencer par un simple geste maladroit, comme pour la princesse de conte de fée; ou bien encore ce peut être quelque phénomène fortuit qui, au hasard d’une promenade, attire le regard et entraîne le héros loin des chemins battus.”

Joseph Campbell – “Le héros aux mille et un visages”

Donner de la profondeur à votre personnage de roman

Il peut être intéressant de glisser quelques unes de ces notions au début de votre histoire. Un acte manqué ou encore une rencontre hasardeuse peuvent “bien faire les choses” pour mettre votre héros sur les rails.

Ces notions de psychologie résonnent chez tout le monde. Vous n’avez pas besoin de les expliquer, dieu merci, au milieu de votre histoire.

Évitez par exemple d’écrire: “Paul avait égaré son alliance. Cela prouvait bien qu’il était malheureux dans son couple et que son subconscient avait fait en sorte de confirmer son désir profond de divorcer.”

Gardez ça pour vous! Votre lecteur n’a pas besoin de ces précisions. En revanche, cela peut vous être utile lors de la réalisation de votre fiche personnage.

Vos personnages de roman gagneront en profondeur si vous les dotez de détails psychologiques du quotidien.

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