petit pirate exercice ecriture organique
Les Petites Histoires

Petit Pirate

Ce texte a été rédigé pour illustrer l’exercice d’écriture organique proposé dans le cadre du Défi Ecriture. Retrouvez l’article et les explications pour vous aussi réaliser cet exercice en cliquant ici.

J’aurai dû mettre mes chaussons. Maman me le dit tout le temps. C’est par les pieds qu’on attrape du mal, comme elle dit. En plus, la route est toute noire. J’espère que maman ne m’en voudra pas trop d’avoir les pieds sales.

Ça fait bizarre de marcher tout seul. D’habitude, maman me tient la main. Je n’ai pas le droit de traverser la route sans elle. Mais c’est quand même moi qui dit quand le bonhomme est vert.

J’aime bien la musique des bateaux. En plus, comme il n’y a personne, on entend l’eau claquer contre la coque. Je crois que c’est comme ça qu’on dit. J’aimerais bien me rapprocher pour aller voir comment ça fait, l’eau qui claque.

Ça se trouve, il y aura des poissons. Comme celui qu’on a mangé ce soir avec maman. Je pourrai peut-être en attraper un et le ramener à la maison. Mais pour ça, il faudrait que je traverse la route.

Le bonhomme est vert. Je fais comme on m’a appris. Je regarde à droite, à gauche et encore à droite. Le bonhomme est encore vert. J’ai un peu peur, mais pas trop quand même. Je suis un garçon, et les garçons, ça n’a pas le droit d’avoir peur. Ça, c’est papy qui me l’a dit.

Si je marche tout droit sur les bandes blanches, j’arriverai vite de l’autre côté. Elles sont douces, les bandes blanches sous mes pieds. Plus douces que la route toute noire. Hop, hop! Ouai super! J’ai réussi à sauter loin pour aller sur la prochaine sans toucher le noir.

Oh non! Le bonhomme est passé au rouge! J’ai peur. Je suis au milieu de la route. Si une voiture arrive, elle va m’écraser, c’est sûr. Je vais courir pour arriver vite de l’autre côté.

Ça y est. J’ai réussi. Je suis un vrai pirate maintenant. Je peux aller voir les poissons qui claquent sur les bateaux. Maman va être contente.

Marina sent son cœur s’emballer. Hector était là il y a encore cinq minutes. Elle le revoit en train de jouer avec son ballon sur la terrasse de leur appartement au rez-de-chaussée du petit immeuble.

Au départ, elle a cru qu’il jouait à cache-cache. Comme ils viennent d’emménager, elle ne connait pas encore les nouvelles cachettes. Les enfants peuvent faire preuve de beaucoup d’imagination, mais là elle est inquiète. Aucun signe de son fils, ni dans les placards, ni derrière le canapé, dans la douche ou sous les lits.

Les cartons jonchent le sol et s’empilent jusqu’au plafond. Elle aurait dû coucher Hector bien plus tôt dans la soirée. Emportée par le déballage de leurs affaires, elle n’avait pas vu l’heure tourner. L’enfant lui aussi excité par cette nouveauté, en avait profité pour veiller tard.

Elle ne veut pas l’effrayer et l’empêcher de sortir de sa cachette. Marina tente de se contrôler pour apprivoiser Hector et l’attirer avec une voix à la fois douce et ferme. Elle promet de ne pas se fâcher, des bonbons, un câlin. Elle remet même en jeu l’interdiction de télé tombée plus tôt dans la journée.

Elle crie dans l’appartement et sur la terrasse, ce qui réveille les voisins excédés. En plein cœur de la nuit, ils voudraient bien pourvoir dormir tranquille.

Rien n’y fait. Hector a disparu. Marina attrape son trousseau de clés en tremblant. L’adrénaline secoue tous ses membres. Sa respiration haletante en dit long sur sa terreur. Cette fois, il se pourrait bien que son ex mari ai réussi son coup.

Je suis tout mouillé et j’ai froid. Je n’aurais pas du mettre mes pieds dans l’eau. En plus, je n’ai pas réussi à attraper le poisson pour maman. Encore pire, je crois que je suis perdu. Je veux rentrer à la maison.

Des larmes chaudes ruissellent sur le visage du petit garçon. Son pyjama rayé alourdi par le poids de l’eau absorbée jusqu’aux genoux retombe sur ses pieds bleuis de froid. Hector retient tant bien que mal son pantalon sur son ventre par l’élastique détendu.

Ses orteils engourdis ne se soucient plus d’être sales. La jolie musique de l’eau sur les bateaux s’est transformée en fond sonore sordide. Il a vu une fois un film d’horreur à la télé. Quand le tueur arrivait pour tuer la fille sous la douche, ça faisait le même bruit.

Il imagine à présent les poissons rôder autour des bateaux avec leurs dents pointues. L’apprenti pirate n’aime pas trop l’idée que ces monstres pourraient sortir de l’eau et le dévorer tout cru.

Où est maman? Je veux qu’elle vienne me chercher. Je serai sage. Je ne sortirai plus tout seul la nuit par la nouvelle terrasse. Je lui montrerai toutes les cachettes de l’appartement pour être sûr qu’elle me retrouve toujours.

Au volant de sa voiture, Marina parcours les rues de la ville à la recherche de son fils. Elle scrute les autres véhicules à la recherche de sa petite frimousse. L’odeur de la mer qu’elle pensait réconfortante, commence à l’écœurer. Le volant en cuir glisse sous ses paumes trempées de sueur.

Marina décide de se garer près du port pour continuer à pied. Il lui revient soudain en tête la fascination de son fils pour les bateaux. Toute la journée, il avait demandé à aller les voir de plus près. Elle avait promis qu’ils iraient ce soir, mais le déménagement avait pris plus de temps que prévu.

Des phares l’éblouissent au loin. Une petite silhouette se dessine à côté de la voiture rouge qui vient de s’arrêter à côté des pontons. Son sang ne fait qu’un tour. Hurlant de toute sa rage et son angoisse le prénom de son fils, Marina se met à courir. Il va l’emmener. Me le prendre. M’amputer de la moitié de ma chair. Je vais le tuer.

Le conducteur de la voiture rouge se retourne, apeuré. Il vient de déposer une veste sur les épaules du petit garçon hagard. Une furie fonce sur lui toutes griffes dehors. Dans quelle histoire est-ce qu’il s’est encore fourré?

Marina se jette sur Hector pour le serrer dans ses bras. Le petit garçon laisse aller son chagrin et s’agrippe au cou de sa maman en lui promettant, sans même qu’on ai besoin de le lui demander, qu’il ne recommencera jamais.

Marina se tourne vers le conducteur de la voiture, les yeux injectés de sang. Il lève les mains en signe de reddition. Il n’avait aucune mauvaise intention, juste de porter secours à un enfant errant sur le port au beau milieu de la nuit.

Il propose à la femme de garder sa veste pour que le petit ne prenne pas froid, puis rejoint sa voiture. Ça va en faire des choses à raconter demain au bistrot avec les copains.

Marina et Hector se réveillent au milieu des piles de cartons à moitié défaites. Ils se sont couchés dans le grand lit après une bonne douche chaude. Les pieds endoloris du petit garçon retrouvent peu à peu leur mobilité. La maman n’a pas lâché son fils du reste de la nuit.

Plus tard dans la matinée, elle fouille les poches de la veste du conducteur à la recherche d’indices. Maintenant que l’adrénaline est retombée, elle voudrait bien le remercier. Une carte de visite tombe sur le sol. Arthur Bron, promenades en mer.

Voilà qui devrait réconcilier Hector avec les poissons mangeurs d’homme qui ont failli l’attaquer lors de ses aventures nocturnes.

Sacré petit pirate.

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